Gender

La checklist des privilèges masculins

Une imitation non honteuse d’un article de Peggy McIntosh

article original par Barry Deutsch, aka “Ampersand.”

traduit de l’anglais et vaguement recompilé par grep|grrl .
Nous avons gardé les liens de l’article original tel quel dans le texte.

En 1990 le professeur Peggy McIntosh de Wellesley College (ndlt : au Massachusetts, USA) a publié son article “Privilèges blancs : défaire le cartable invisible” (“White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack”). McIntosh observe que les blancs aux États-Unis “apprennent à voir le racisme seulement à travers des actes individuels de méchanceté, non pas à travers des systèmes invisibles de domination de groupe”. Afin d’illustrer ces systèmes invisibles, McIntosh a écrit une liste de 26 privilèges invisibles dont bénéficient les blancs.

Comme le montre McIntosh, les hommes aussi tendent à ignorer les privilèges qu’ils ont en tant qu’hommes. Dans l’esprit de l’essai de McIntosh, je me suis dit que je compilerai une liste similaire à la sienne, en mettant le focus sur les privilèges invisibles dont bénéficient les hommes.

Dû à mes propres limitations, cette liste est inévitablement nordaméricanocentrique - dû à ma propre construction. J’espère que des auteur.e.s d’autres cultures vont créer de nouvelles listes, ou modifier celle-ci, afin de refleter leurs propres expériences..
Depuis que je l’aie compilée pour la première fois, cette liste a été postée énormément de fois dans des groupes de discussion sur internet. Beaucoup de gens ont proposé des points supplémentaires à cette checklist. Plus communément, bien sûr, la checklist a recu des critiques (la plupart du temps, mais pas toujours, de la part d’hommes) qui soulignent que les hommes ont des désavantages aussi - comme être obligés d’aller à l’armée, être constamment supposés de devoir annihiler leurs émotions etc. Ce sont en effet de mauvaises choses - mais je n’ai jamais prétendu que la vie des hommes est toujours comme un dimanche ensoleillé.

Evidemment, il y a des exceptions individuelles à la plupart des problèmes discutés dans cette liste. L’existence d’exceptions individuelles n’insinue pourtant pas que des problèmes communs n’ont pas d’importance.

Montrer que les hommes sont privilégiés ne nie nullement que de mauvaises choses peuvent arriver aux hommes. Etre privilégié ne veut pas dire que les hommes ont tout gratuitement dans la vie ; être priviligié ne veut pas dire que les hommes ne travaillent pas dur, ne souffrent pas. Dans la plupart des cas - du garcon qui est tracassé à l’école, un soldat qui meurt pendant la guerre - la société sexiste qui maintient les privilèges masculins fait aussi du mal aux garcons et aux hommes.

Au final, toutefois, ce sont les hommes et non les femmes qui gagnent le plus d’argent ; les hommes et non les femmes qui dominent les gouvernements et les conseils d’entreprise ; les hommes et non les femmes qui dominent virtuellement toutes les positions dominantes de la société. Et ce sont les femmes et non les hommes qui souffrent le plus de la violence et du viol ; qui ont plus de chances d’être pauvres ; qui sont, somme toute, au bout court du levier du patriarcat.

Quelques personnes ont aussi accusé cette liste de victimiser les femmes en quelque sorte. Je ne suis pas d’accord : montrer les problèmes n’est pas la même chose que les perpétuer. Ce n’est pas une position “victimisante” de constater que l’injustice existe, au contraire, sans ce constat il n’est pas possible de se battre contre l’injustice.

Un ami à moi écrivît un jour “Le premier privilège dont les blancs, les mâles, les gens des classes aisées, les non handicapé.e.s, les hétérosexuel.le.s (et donc la plupart d’entre nous) seraient capables de se soulager est le privilège d’oublier leurs privilèges.” Cette checklist est, je l’espère, une aide pour les hommes à supprimer ce “premier privilège”.

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Enfin une traduction française de Donna Haraway

«Notre époque, ce temps mythique est arrivé et nous ne sommes que chimères, hybrides de machines et d’organismes théorisés puis fabriqués; en bref, des cyborgs. Le cyborg est notre ontologie; il définit notre politique. Le cyborg est une image condensée de l’imagination et de la réalité matérielle réunies, et cette union structure toute possibilité de transformation historique. Dans la tradition occidentale des sciences et de la politique – tradition de domination masculine, raciste et capitaliste, tradition de progrès, tradition de l’appropriation de la nature comme ressource pour les productions de la culture, tradition de la reproduction de soi par le regard des autres – la relation entre organisme et machine fut une guerre de frontières…»

Ainsi parle Donna Haraway, professeure dans le département History of Consciousness, à l’Université de Californie à Santa-Cruz. Elle est l’une des personnalités qui ont façonné le champ de la théorie féministe et des science studies. Ses textes traduits en plus de 16 langues en font une auteure incontournable de la scène intellectuelle internationale, penseuse de la postmodernité et des technosciences. La plus grande partie de son oeuvre est encore inédite en français.
Bienvenue dans le monde étrange de Donna Haraway peuplé de cyborgs, hybrides, femalemen, oncoumouses, coyottes et autres monstres. Il s’y déjoue les dichotomies anciennes: féminin/masculin; nature/culture; vivant/artefact.
Bienvenue dans le monde de Donna Haraway, ses fabulations sont les nôtres, nos pires craintes ou nos meilleures espérances? A l’évidence, les cartes politiques pour l’invention de nouveaux espaces.

Manifeste cyborg et autres essais
Sciences – Fictions – Féminismes

Anthologie établie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan
336 pages - 29 euros
ISBN 9782912969637

En librairie depuis hier.
(Et félicitations, Nathalie !)

Women’s Audio Mission

15 sept 2007 | Gender - francais - 0 commentaires :: ,

Womens Audio MissionC’est avec joie que j’ai pu découvrir récemment une association basée à San Francisco dont le but est de fournir aux femmes souhaitant devenir ingénieur du son un espace, des ateliers, et du matériel professionnel. Fait par des femmes pour des femmes, Women’s Audio Mission (W.A.M.) est sponsorisé par beaucoup de grandes marques de matériel d’enregistrement comme Shure, Tascam ou Digidesign.
D’autres projets initiés par W.A.M. sont des cours de découverte pour les jeunes filles, le projet GROW, et le site Women on sound, qui archive des interviews avec des ingénieurs du son femmes.

Comme dans le logiciel libre, il y a, dans l’industrie musicale, notamment dans les métiers d’ingénieur du son (enregistrement, mastering), actuellement environ 5% de femmes, d’après Women’s Audio Mission, chiffre qui n’applique sûrement pas en Europe, où, à mon humble avis, le pourcentage doit être encore plus bas.

Plus d’informations sur le site de la Women’s Audio Mission

Cybersoda - Une mallette pédagogique pour découvrir l’informatique

Cybersoda

La mallette Cybersoda, créée par le réseau de formation ADA (Belgique), est un programme pédagogique pour faire découvrir l’ordinateur, le logiciel libre, Linux, le hardware, et aussi les métiers liés à l’informatique aux adolescent.e.s.
Dans la mallette on trouve deux CD : le premier est un LiveCD, basé sur la version francophone de Knoppix, Kaella, et le deuxième est tout simplement un CD qui contient des logiciels libres qu’on peut installer et découvrir sur les systèmes d’exploitation propriétaires. Outre ces deux CD, la proposition de Cybersoda est d’abord une proposition pédagogique à destination d’animateur.ice.s, d’éducateur.ice.s et instituteur.ice.s : Un programme, décomposé en 5 modules, accompagné par des fiches d’information détaillées, leur permet de construire un programme de plusieurs jours (je pense qu’une journée par module est nécessaire) autour de cette découverte. Les modules :

  • Le net malin
    il s’agit de (re)découvrir internet, ses richesses mais aussi ses pièges

    • Navigation sur internet
    • Recherche sur internet
    • Le courrier électronique (création d’une boîte mail, pièces jointes…)
    • Le forum de discussion, les chats (recommandations, sécurité)
  • Hardware : Le PC vu de l’intérieur
    Oser ouvrir un ordinateur pour en découvrir les rouages !

    • Explication des pièces, cablages, périphériques, erreurs fréquentes…
  • Programmation
    Découverte du langage HTML et du Javascript, découverte du code
  • Montimages et Animages
    Utiliser une webcam ou un appareil photo, manipuler les images, par exemple avec Gimp
  • Le site Cybersoda
    • fabriquer un site web à la main, création de petits jeux en Javascript..

Les enfants découvrent ce qu’est un logiciel libre et le matériel mis à disposition ne comporte évidemment pas d’images de marques. Chaque module contient au moins un jeu (par exemple un memory) et des idées ludiques pour approcher le sujet ainsi qu’un guide de questions à poser. Une des propositions, dans le but de faire découvrir les métiers de l’informatique, est de dessiner une informaticienne et de discuter ensemble des résultats.

ADA propose évidemment une formation sur Cybersoda aussi aux éducateur.ice.s, instituteur.ice.s et aux animateur.ice.s.

She’s such a geek

En décembre 2006 nous avons eu l’occasion d’assister à ce qu’on pourrait sans exagération appeller “la conférence la plus inspirante de l’année”. Au 23ème congrès annuel du ChaosComputerClub à Berlin, l’écrivaine, geeke et journaliste scientifique Annalee Newitz présente “La vengeance des nerds féminins” [vidéo de la conférence en anglais] : Comment en effet changer l’image d’une culture qui associe la notion de geek à une image presque toujours masculine ? Quelle est cette image ? Et encore, quelle image de la geeke a-t-on alors ? Il semble aujourd’hui évident que les femmes aient les mêmes capacités que les hommes, mais quelles sont les attentes sociales ?

Pendant la conférence nous éclatons plusieurs fois de rire et, quelques jours plus tard, je décide finalement d’acquérir la dernière oeuvre de Newitz : une collection d’essais plus ou moins autobiographiques de geekes de tout genre : de l’informaticienne à l’astrophysicienne, de la développeuse de jeux à l’écrivaine de BDs. “She’s such a geek” me rappelle immédiatement la démarche d’autres livres féministes américains : donner une voix à un ensemble d’expériences individuelles qui forment alors un univers ultradiversifié. Le fait de pouvoir s’y reconnaître donne confiance.

Comme dans un de mes livres féministes fétiches (dont je recommande vivement la lecture), “Her wits about her”, les chapitres sont drôlement appellatifs : “Grandir nerd”, “Au labo”, “Superhéros”, etc. On y trouve non seulement des histoires de succès - personnels ou professionnels - mais surtout des récits de vies pleines de détours, d’échecs et de recherches de la connaissance de soi-même.

Voici un extrait du texte d’Ellen Spertus, “Professor in a circuit-board corset” (au passage, c’est l’auteure, en 1991, de “Why are there so few female computer scientists?”) :

Although I’ve been a geek all my life and I am now a computer science professor at a women’s college, I wasn’t always a feminist. I used to be a male-idenitified mysoginist.
[...]
My mother [...] didn’t know what to think of me. She had earned her position in life by attracting a wealthy husband, and she considered conspicious intelligence incompatible with feminity. My brother, who was otherwise encouraging, teaching me math and telling me inspiring stories, told me about the theory that mathematical ability was correlated with testosterone and that the best modern female mathematician was very ugly. I concluded that women in science were necessarily unfeminine.
[...]
After a lifetime of not fitting in, at last I lived at nerd central.
[...]
I still wanted to have female friends but couldn’t find them. This was partly because my major, computer science, had the lowest percentage of women on campus. I continued to believe that there were so few women in science and engineering because they were either stupid or lazy.

Je vous laisse découvrir la suite sur le blog She’s such a geek ou encore dans l’interview/review réalisé par Fabienne pour le Blog de Netscape.

Réf. She’s Such a Geek: Women Write About Science, Technology, and Other Nerdy Stuff (Paperback) par Annalee Newitz (Editrice) & Charlie Anders (Editrice), Sealpress, 2006

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